L’art du plissage : un savoir-faire familial
Dans son atelier du Bourget, Nizam Piarroux, 59 ans, perpétue un savoir-faire aussi rare que précieux : le plissage. Cet art textile, qui consiste à donner au tissu relief et mouvement, trouve ici l’un de ses derniers gardiens.
Son entreprise, Nizam Plissage (Pliss Europ de son nom initial), a été fondée en 1937 et a traversé près d’un siècle. Trois générations s’y sont succédé : la grand-mère, puis la mère, avant que le fils ne reprenne le flambeau et forme Nizam Piarroux, qui y a fait ses armes pendant quinze ans jusqu’à en devenir le chef d’atelier puis le dirigeant.
Dior, Chanel et Givenchy parmi ses clients…
Une trajectoire naturelle pour ce passionné du tissu né à l’Île Maurice, et qui a commencé à travailler dès l’âge de 12 ans, comme apprenti tailleur. Arrivé en France à 17 ans, il poursuit dans la confection, puis se forme au modélisme à 26 ans avant d’apprendre « sur le tas » (il n’existe pas de formations de plisseur) l’art du plissage chez Pliss Europ.
Aujourd’hui, l’atelier, qui avait été créé à Courbevoie, est installé au Bourget depuis dix-huit ans et collabore avec les plus grandes maisons de couture : Dior, Chanel, Givenchy ou encore Louis Vuitton. « Nous créons des plissés de toutes sortes pour des vêtements de défilé mais aussi pour des accessoires comme des chapeaux, des serre-têtes ou des sacs. Le plissage, c’est un bijou qu’on ajoute au tissu », résume Nizam Piarroux, qui en plus de diriger l’entreprise, continue d’en être le principal salarié aux côtés d’une autre employée.
En plus de la mode, la société est aussi sollicitée pour réaliser le plissage des épitoges, ces bandes de tissus portées par des avocats et magistrats quand ils plaident mais aussi des plissés pour des tissus d’ameublement et de décoration pour des palaces… Son implantation au Bourget en fait un lieu facile d’accès pour ses clients, qui peuvent venir choisir les prototypes de plissés ou récupérer une commande.
Transmettre un jour son savoir-faire
Cette expertise fait de Nizam Plissage l’un des derniers plisseurs qui existent encore en France. « Je pense qu’on n’est pas plus de cinq aujourd’hui à maîtriser cette technique et je suis probablement le seul qui sait réaliser tous les types de plissés, confie Nizam Piarroux, qui a, par exemple, reproduit pour John Galliano un plissé des années 1920 à l’œil à partir d’une photo !
L’artisan a particularité de savoir travailler le plissage en machine et celui entièrement manuel qui consiste à insérer le tissu entre deux plaques de moule en carton sculptées avec le motif choisi, le presser puis le chauffer plusieurs heures dans une étuve, avant de le laisser au repos pour fixer définitivement les plis.
Parmi ses plus grandes joies : le plissé d’une robe imaginée par la créatrice néerlandaise Iris van Herpen qui trône désormais dans un musée. Mais plus récemment, c’est le Prix de l’excellence d’artisanat d’art de Seine-Saint-Denis, qui lui a été décerné en avril dernier, qui l’a rempli de fierté : « J’ai réalisé des plissages sur des tenues portées par Rihanna, Céline Dion mais je n’ai jamais été aussi fier qu’en recevant ce prix qui est la première distinction que je reçois et qui me permet de réaliser la valeur de mon travail », souligne Nizam Piarroux.
Fragilisée pendant la période Covid, l’entreprise a retrouvé aujourd’hui son élan, portée par le talent de Nizam Piarroux et son employée ainsi que le bouche-à-oreille.
Entièrement dédié à son travail-passion, Nizam Piarroux enseigne parfois à la prestigieuse école Esmod, à Paris. Il n’a pas encore trouvé le temps de former davantage, en intégrant par exemple un apprenti au sein de son atelier, mais l’envie de transmettre l’art du plissage à une nouvelle génération fait son chemin…
En savoir plus : https://www.nizamplissage.com/